NO2 : Une campagne de mesures, des constats interpellants, des actions indispensables

Contexte

Chaque année, on estime que 632 Bruxellois meurent prématurément de complications liées à la pollution de l’air. L’espérance de vie à Bruxelles est diminuée d’un an. La pollution de l’air réduit la fonction pulmonaire et aggrave les maladies telles que l’asthme, elle peut également conduire à des maladies cardio-vasculaires et au cancer du poumon. Elle peut entraîner un poids plus faible des nouveaux nés, et des naissances prématurées.

L’air de notre ville laisse donc à désirer. Tout le monde le sait, tout le monde le sent. Pourtant, nous ne disposons que de peu d’informations au sujet de la qualité de l’air puisque la Région bruxelloise ne compte que 9 stations de mesures officielles.

Au travers de l’action « NO2POLLUTION ! », nous avons voulu corriger cela en collectant des informations sur la qualité de l’air que nous respirons partout dans notre Région.

Méthodologie

1. Les locales Ecolo et Groen, avec l’aide de dizaines de volontaires, ont disposé pendant 1 mois (entre février et mars) 320 tubes de mesure du NO² aux façades ou aux fenêtres, dans 12 communes bruxelloises. Les militants Ecolo-Groen ont réalisé avec le plus grand soin la mise en place et la récupération des tubes de mesure.
2. Les tubes de mesure collectés ont ensuite été envoyés au laboratoire de recherche « Gradko International » pour analyse.
3. Les résultats des tubes de mesure ont été étalonnés à la norme « μg/m³ », validés scientifiquement et comparés aux normes de l’UE et de l’OMS.

Cette méthode a fait ses preuves et est actuellement largement utilisée en Région flamande dans le cadre de campagne de mesure et de sensibilisation Curieuze Neuzen.

Résultats

A. L’intérêt

L’engouement pour cette action est indéniable et, en soi, un premier résultat important : les Bruxellois s’inquiètent et veulent en savoir plus quant à la qualité de l’air dans leur quartier.

B. La confirmation

Sans grande surprise, et sans plus aucun doute, les voiries régionales et les voies de pénétration sont les plus polluées. Ce sont bien entendu les axes routiers les plus fréquentés.

Ainsi, à Ixelles, 13 des 37 points de mesure dépassent le plafond européen de 40 μg/m³ de NO2, dont les points situés avenue Louise et avenue de la Couronne.

Partout à Bruxelles, ce sont 36 points de mesure qui dépassent la limite européenne, qui se situe au-delà de la moyenne annuelle recommandée par l’OMS.

C. Le vert est nécessaire

Les espaces verts et la végétation améliorent grandement la qualité de l’air. C’est prouvé et nos résultats le confirment.

… mais pas suffisant

Si à ces points de mesure, les résultats sont bien plus faibles, ils ne sont pourtant pas totalement rassurants car supérieurs à 20 µg/m³, seuil en deça duquel l’OMS qualifie une concentration annuelle de NO2 de « qualité de l’air acceptable ».

L’air sain semble donc être bien trop rare dans notre Région, même aux abords des espaces verts. Les arbres et la végétation peuvent beaucoup, mais, manifestement, pas l’impossible.

D. Crèches et écoles très exposées

Les Bruxellois-es s’inquiètent pour la santé de leurs enfants….et ils ont raison.

Nos résultats démontrent des niveaux de pollution importants aux abords d’écoles, de crèches et d’autres lieux sensibles comment les maisons de repos ou les hôpitaux.

Les personnes les plus fragiles sont donc loin d’être les moins exposées à la pollution de l’air.

E. LE point noir : le tunnel Leopold II

Les pires résultats de notre campagne de mesure à Bruxelles sont obtenus à la sortie du tunnel Leopold II : 70 µg/m³, soit près du double de la limite légale. A quelques pas de cet endroit, dans le parc Elisabeth, des enfants jouent, des joggeurs courent, et, par beau temps, sa guinguette est un lieu prisé pour pic-niquer ou boire un verre. Dangeureux apparemment. Innacceptable en tout les cas !

En outre, avec le débuts des travaux de rénovation du tunnel, on peut légitiment s’interroger sur l’exposition de la population des quartiers limitrophes qui verront le trafic de transit augmenter fortement.

Mais plus choquant encore que ces valeurs intolérables, c’est l’absence de prise de conscience des autorités bruxelloises qui ne prévoient aucun dispositif particulier en matière de traitement de l’air dans le cadre des travaux de rénovation du tunnel. C’est incompréhensible, et criminel.

Nos propositions

1. Bannir le diesel et renforcer la Zone de Basse Emission : LEZ “+”
Il est établi que 67 % des émissions de NO2 (dioxyde d’azote) nocives proviennent du transport routier, dont 96 % des voitures diesel*. Le Dieselgate a par ailleurs révélé que même les modèles les plus récents émettent 5 à 10 fois plus de particules ultrafines que le seuil légal.

En conséquence, nous estimons indispensable d’arrêter un échéancier clair visant à bannir tous les véhicules roulant au diesel à l’horizon 2025 en Région bruxelloise et de prévoir les mesures incitatives et d’accompagnement, notamment sociales et fiscales, nécessaires pour atteindre cet objectif. Le dispositif et le planning de mise en œuvre de la Zone de Basse Emission bruxelloise (LEZ) devront également être adaptés.

En outre, si la zone de basses émissions (LEZ) bruxelloise entrée récemment en vigueur est sans conteste un premier pas important dans la bonne direction, elle doit être renforcée notamment avec un dispositif de tarification zonale, à défaut son effet se limitera à subsituer à des véhicules très polluants des véhicules qui le sont moins, sans rien résoudre de la congestion automobile et de la dégradation de l’air qu’elle engendre.

Une telle LEZ + devra aussi s’attaquer à l’autre source majeure de pollution de l’air à savoir le chauffage des bâtiments.

*Commission européenne, mise en demeure de la Belgique , avril 2016

2. Good Move…Good health?

Le plan régional de mobilité “Good Move” est actuellement toujours dans les limbes. Il est annoncé pour 2019… Contrairement à ce que les travaux préparatoires laissent présager, nous demandons que le plan régional de mobilité ne propose pas seulement une nouvelle gestion de flux automobile mais qu’il se donne comme ambition de réduire drastiquement la pression automobile et d’offrir des alternatives efficaces, crédibles et de court terme à la voiture.

3. Plus de vert

Arbres et arbustes sont des pièges à particules et des rafraichisseurs naturels. En ville, les arbres et les arbustes capturent les particules fines et la pollution de l’air, dont ils peuvent réduire la concentration de 60 %. Plus les arbres et arbustes sont proches de la source de pollution, plus leur capacité de purification est élevée. Ecolo et Groen demandent la création d’une ligne budgétaire spécifique « Arbres pour un air pur » doté de 200.000 à 500.000 euros par an, destinée à la plantation ciblée d’arbres pour lutter contre la pollution de l’air.

4. Citizen science

L’enthousiasme des Bruxellois à participer à notre campagne de mesure est frappant. Les citoyens sont préoccupés par la thématique de la pollution de l’air et souhaitent être des acteurs dans ce dossier. Le Gouvernement bruxellois devrait associer ces citoyens et organiser sur base structurelle un réseau de mesure NO2 Pollution

D’une façon plus générale, les points de mesure doivent être multipliés afin d’obtenir une vision plus correcte de la problématique et d’offrir un réel outil de pilotage politique en matière de pollution de l’air, dans nos quartiers comme aux points noirs identifiés.

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