Il était une fois un vieux garçon dont aucune fille ne voulait comme époux.

Charles était très ambitieux mais n’arrivait jamais à ses fins. Il se sentait un peu désespéré et mal aimé. Dans ce même village, vivait Berthe, une jeune fille que la méchanceté avait rendue très laide mais qui était très riche parce qu’elle possédait une grosse usine qui marchait de mieux en mieux et rapportait beaucoup. Décidé à enfin trouver une femme et séduit par la belle maison, Charles tenta le tout pour le tout et vint lui proposer un mariage. Bien sûr, celui-ci serait arrangé. Il posa la condition de devenir le directeur de l’usine. En échange, il donnerait à Berthe la respectabilité qui lui manquait parmi les notables du village méfiants des sales coups que leur avait déjà fait la peste. Elle accepta et les noces furent célébrées en grandes pompes.

Charles, bouffi par sa nouvelle fonction, passa son temps à déambuler la tête haute dans les bureaux de l’étage, ne descendant pratiquement jamais dans les ateliers. Peu importait ce qu’il s’y passait puisqu’il était directeur. Cependant, dans le village, beaucoup s’inquiétaient des comportements de plusieurs chefs d’atelier. Il y avait ainsi Théo qui crachait sur tout le monde et en particulier les visiteurs de l’usine venant de la ville d’à-côté et qui rigolait quand il recevait un petit avertissement du directeur. Parfois, il même envoyait des ouvriers et leurs familles dans des succursales au Soudan dont ils ne revenaient jamais. Il y avait aussi Jan qui trouvait que ceux qui avaient collaboré à l’OPA agressive d’une usine de la région avaient leurs raisons. Et celui ci venait ouvertement mentir au comité de direction pour couvrir des faits de violences commis par la sécurité de l’usine contre des ouvriers. Nombreuses étaient les histoires, plus glaçantes les unes que les autres. Et puis il y avait l’épouse de Charles qui devenait de plus en plus acariâtre, agressive et méprisante.

Un jour, alors que Charles remontait les rues du village, il se trouva face à un grand panneau publicitaire qui annonçait que contre sa volonté, l’usine allait licencier et expulser du village tous les travailleurs qui n’en étaient pas issus. La campagne incitait les natifs à jeter violemment dehors les voisins et construire une barrière autour du village. Inquiet, il se précipita dans les stocks de l’usine pour voir ce qu’elle produisait vraiment. Et partout, tout autour de lui, il ne trouva que des caisses de haines, des bidons de repli sur soi et des boites de racisme en conserve. Charles prit ainsi soudainement conscience de son erreur mais il était trop tard, bien trop tard. Et personne ne pouvait croire qu’il ne le savait pas parce que fermer les yeux, c’était accepter…

Guillaume Defossé, Rajae Maouane, Barbara de Radiguès
Co-président.e.s de la Régionale de Bruxelles

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